Du Bitcoin à l'IA : la nouvelle ambition de Bukele

Après avoir tenté, sans succès, de faire du Bitcoin la monnaie nationale du Salvador, Nayib Bukele a désormais promis de « créer le meilleur système de santé du monde » grâce à l'intelligence artificielle, en cédant une grande partie de la gestion de la santé publique à Gemini, l'IA développée par Google.

Gemini en blouse blanche : le Salvador délègue sa santé publique à l'IA de Google

Tout a commencé en novembre 2025 avec le lancement de l'application DoctorSV. Cette plateforme centralise le dossier médical unique de chaque citoyen, utilise l'IA pour trier les patients, suggérer des diagnostics et organiser des téléconsultations, avec un taux de précision annoncé de 93 %. Le système est également connecté à un réseau de 400 pharmacies et laboratoires pour automatiser les ordonnances électroniques.

Les maladies chroniques confiées à un algorithme

Le 14 avril 2026, Bukele a franchi un cap supplémentaire en annonçant que la prise en charge des patients atteints de maladies chroniques — diabète, hypertension, insuffisance rénale — serait désormais confiée à Gemini. L'algorithme analyse les données en temps réel pour détecter les risques d'aggravation et automatiser les rappels de traitement.

Les chiffres avancés par le gouvernement sont impressionnants : l'application compterait déjà 1,1 million d'utilisateurs sur les 6 millions d'habitants du pays, enregistrerait 18 000 consultations par jour et aurait géré 1,5 million de consultations depuis son lancement, avec un taux de satisfaction affiché de 97 %.

Des inquiétudes sur la sécurité et l'éthique

Mais l'initiative suscite de vives inquiétudes. Pour ses détracteurs, licencier des soignants pour les remplacer par un algorithme n'est pas une modernisation, c'est une dérive. Sur le plan technique, des experts alertent sur les « hallucinations » que peut produire l'IA en matière de santé — des réponses incorrectes ou inventées qui semblent fondées mais manquent de base clinique. Par ailleurs, la collecte de données hautement sensibles (antécédents médicaux, données biométriques, habitudes de vie) comporte des risques réels d'atteinte à la vie privée.

Le débat n'est pas uniquement salvadorien : dans de nombreux pays, l'introduction de l'IA dans les systèmes de santé soulève des questions fondamentales sur la responsabilité médicale, la qualité du diagnostic et l'accompagnement humain des patients. Le Salvador s'impose ainsi, bon gré mal gré, comme un laboratoire grandeur nature dont les résultats seront scrutés bien au-delà de ses frontières.